Mais !
Par tous les diables !
Dégage de mon potager salopiaud !
Vinzou, sacré vieux bouc, à l'essence j'allume le feu
Fusil de chasse du grand-père, une lampée d'spiritueux
Retraite peu spirituelle, je danse pieds dans la boue
Je guette ma fin, peut-être qu'enfin je vais m'faire achever par la goutte
Je traque la bête depuis trois jours, jе me dois d'être silenciеux
Je concède que la solitude fout le moral en dents d'scie
Par tous les diables ! Je crois qu'c'est encore pire ces derniers jours
Perdu dans le brouillard, je déclame des chants licencieux
Fourrure d'orignal, bourré comme un gnole
Fourbu par les heures passées à taquiner la truite au ruisseau
Pour le souper, j'cours pour échapper à cette bête courbée
Elle nous tourne autour, par tous les saints, quel bourbier
Je la traque dans la tourbière, un cri suivi d'un grand fracas
Retour au village chopper du gris au bar-tabac
Puis dans une gargote, j'crapote ma pipe
Je débarque de ma grotte, on s'demande qu'est-ce qui s'passe
Les anciens m'dévisagent
Je danse la danse de la marmotte, les femmes font des grimaces
Long soir d'automne, on entend le son d'la cloche
J'bois de l'alcool pour faire passer ma grippe
Je porte toujours la même fripe crapoteuse
À mes côtés traîne son souv'nir vaporeux
Mes compagnons d'infortune sont des auteurs morts
Parler, dire le moindre mot, c'est laborieux
Courbaturé, j'me sens d'pourrir, j'fais des vieux os pour ma survie
Je tire à vue, le seul fruit de mes affût ne peut suffire
À m'sustenter, j'entends soudain qu'on étouffe en sanglots
Sans doute la veuve du type dont la veste fut trouvée en lambeaux
Et tantôt, de bon matin, je m'jetterai dans le ravin
Où on me retrouv'ra pendu, on dira d'un air entendu :
"C'est ce qui devait arriver, voici v'nu son tour"
En attendant j'm'ennuie ferme avant que n'frappe la foudre
Allez!
Arrête de d'débattre de la sorte !
Vinzou !